
"Nous menons un combat pour les libertés et nous continuerons"
Le tribunal de Jijel a condamné à deux mois de prison ferme le directeur de votre quotidien et l'un de vos journalistes pour diffamation, après la publication d'une chronique mettant en cause le préfet de Jijel.
Etes-vous surpris par cette décision ?
- Condamner des journaux à des peines de prison relève d'un procédé moyenâgeux. Pour une diffamation, des amendes auraient été plus appropriées. Surtout dans un pays qui proclame le principe de la liberté d'expression dans sa constitution. Mais notre code pénal criminalise les délits de presse. Seuls les pays autoritaires agissent de la sorte.
Nous sommes toutefois très surpris. Dans ce type d'affaires, généralement, en seconde instance, la peine de prison se transforme en condamnation avec sursis ou est commuée en une forte amende.
Depuis la suspension du journal Le Matin en 2004, on avait senti une volonté de la part de l'Etat de normaliser ses relations avec la presse. Depuis cette époque, seul un correspondant du journal de El Khabar, qui est tout de même le plus important du pays, avait été condamné. Nous prenons donc la décision juridique comme un message de la part du pouvoir.
Notre journaliste Chawki Amari qui évoquait une malversation du wali [préfet algérien, ndrl] de Jijel dans une chronique, ne faisait que reprendre une information, avec le conditionnel d'usage. Ni lui, ni le directeur du quotidien, Omar Belhouchet, ne méritent la prison. Mais ils prennent leur condamnation avec beaucoup de philosophie et de courage. Il reste toutefois une dernière étape juridique.
Pourquoi El Watan dérange-t-il le pouvoir ?
- J'espère qu'on le dérange. Notre journal a acquis une indépendance financière et donc l'indépendance de sa ligne éditoriale. Il dispose de trois imprimeries dans le pays. Il s'est donné comme créneau la défense de toutes les libertés : syndicale, démocratique, politique,… Forcément, nous gênons. Mais nous ne sommes pas un journal partisan.
Comment cette décision influence-t-elle votre ligne éditoriale et le choix de vos sujets ?
- On ne compte pas revenir sur cette ligne éditoriale. Les seuls critères et les seuls questions que nous nous posons sont les conditions du professionnalisme. Nous savons que nous sommes attendus au tournant. Nous nous imposerons dorénavant encore plus de rigueur dans la rédaction de nos articles. Nous essaierons de faire encore mieux en espérant que cette condamnation ne nous inhibera pas. Nous menons un combat pour les libertés et nous continuerons de le mener au même titre que d'autres dans la société. Nous aspirons à vivre en démocratie. Nous y avons goûté en 1988 et nous ne comptons pas revenir en arrière.
Interview de Zine Cherfaoui par Alain Roux
(le jeudi 6 mars 2008)
Zine Cherfaoui, Rédacteur en chef du quotidien El Watan

